Depuis que je marche j’ai envie de raconter. La route est longue, mes chaussures traînent par terre. Ma valise est pleine de trous et je continue d’ trimballer d’ l’air. Les cailloux qui m’accompagnent me semblent bien silencieux. Et ce refrain dans ma tête qui pousse...
Depuis que je marche j’ai envie de raconter... Mes parents viennent d’ailleurs. Pas de très loin, mais de deux cultures européennes si proches et à la fois si différentes. A défaut d’avoir connu le pays d’origine de mes ancêtres slaves et de mes ancêtres ibériques, je me suis envisagée nomade et j’aime passer les frontières : Celles des époques, des langues, des territoires, des cultures.
Ma grand-mère slave a appris à lire seule, sur les pots de condiments et ma mère a gardé des bribes de ses deux années d’école. Comme beaucoup d’enfants issus de l’immigration, l’oralité a été centrale dans mon appréhension du monde. Notre culture d’aujourd’hui en Europe est très axée sur l’écriture : Le livre et la lecture permette l’accès du savoir à tous. Pourtant l’oralité et notamment le conte, le chant, et la musique restent des outils intergénérationnels et interculturels qui permettent une grande appropriation de la symbolique et une transmission adaptée au plus grand nombre. Après des études d’ethnologie, je suis devenue conteuse parce que l’humain a besoin de sens et d’échanges et que la parole est un premier pas vers l’Autre.
Dans un conte, on conserve la structure et la fin heureuse. Le reste se transforme selon le temps, le lieu, la langue… Mes contes apprennent à marcher vers l’autre, l’inconnu, le bizarre, le différent.
Mon art est l’oralité. Mon papier est souvent un brouillon, support de ce qui va exister. Mon processus de création est le suivant : je rêve puis "j’écris" (dans ma tête ou sur papier.) Je mets en place des univers en m’entourant parfois d’autres artistes pour créer le décor, les costumes ou les accessoires. Je suis également une glaneuse des temps modernes : fan de la récupération, du détournement d’objets, de la mise en scène de l’instant. Avec ce qui nous entoure, je transforme et je fais passer mon univers dans mes textes par les mots mais aussi par le corps dans le jeu scénique. Je crée des personnages et les anime. Je donne à voir, des idées ou des concepts, des images ou des univers irréels dans des spectacles en salle, en rue, sur des installations éphémères et des déambulations. Je réinvente et modèle le monde à mon image, un instant, dans une brèche culturelle. Je ne me pose pas de limite d’exploration et me retrouve souvent au croisement de plusieurs disciplines. Je me définis pour cela volontiers comme une artiste du spectacle vivant.
L’improvisation dans le conte ou sur scène sont au cœur de ma démarche. Pourquoi ? Parce que dans l’instant présent il y a le public, le ressenti du moment, l’humeur et "la qualité de l’air" qui transforment le geste artistique en instant unique. Cela laisse place à l’Autre et on parlera alors d’échange artistique. En tour de contes, à travers les spectacles et surtout en formations et ateliers, j’aime conduire toutes sortes de publics, du plus jeune au plus " invisible " vers la découverte de ce qu’ils savent, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent en faire. J’aime dévoiler la force de la parole.

